08/09/2006

[Actualités]
XXXIIIème symposium de l'Institut National de Médecine Agricole de Tours :  « Effets à long terme des produits phytosanitaires »

Introduction :
Si les effets des intoxications aiguës liées aux produits phytosanitaires sont assez bien connus, les conséquences à long terme en relation avec une exposition chronique le sont beaucoup moins.
Les expositions répétées et multiples qui caractérisent les utilisateurs professionnels à l'échelle d'une carrière rendent difficile la mise en évidence de liens de causalité entre une exposition à un produit donné et un effet adverse.
Le 23ème symposium de l'INMA avait pour objectif de faire le point des connaissances sur ce sujet et, à défaut, de rappeler les incertitudes qui suscitent les interrogations des professionnels exposés concernés par ce risque.
Il réunissait médecins du travail, responsables et agents des CMSA, chercheurs et quelques agents des DDASS. La profession agricole n'était que peu représentée : Jeunes Agriculteurs (invités par les organisateurs) et Confédération paysanne ; l'industrie phytopharmaceutique (UIPP) avait également été invitée.

1-MÉTHODES PRÉDICTIVES DES EFFETS A LONG TERME (Pr Marzin, Institut Pasteur Lille)
Rappel des mécanismes d'évaluation des pesticides prévus par la directive 91/4/4/CEE
A noter : « on ne peut tout noter et prévoir (effets long terme) »
Exemple : une étude de 1998 montre que 30 % des effets toxiques sur l'homme ne peuvent être prédits à partir des tests animaux utilisés – étude confirmée en 2000 (référence Olson H ; 1998 et 2000) 94 % des effets observés le sont dans délai 1 mois fondamentalement différent des études mutagenèse/cancerogénèse qui peuvent durer jusqu'à 2 ans. Les tests sur animaux surestiment généralement les risques pour l'homme.
Dès le moment où le produit est classé R 40 (possibilité d'effets irréversibles »), le facteur de sécurité (habituellement de 100) passe alors à une valeur entre 200 et 1000.
On assiste aujourd'hui aux effets long terme de produits mis sur le marché dans les années 60 et 70) dont la plupart n'ont pas été retenus dans l'annexe 1 de la directive 91/4/4.

2 – EXPOSITION AUX PESTICIDES Dr Isabelle Baldi (Labo Santé Travail Environnement Université Bordeaux)
Objectif : mesurer l'exposition et ses effets à long terme
A noter : beaucoup d'incertitudes
Peu de connaissances sur les niveaux réels de contamination des individus dans les conditions réelles d'utilisation
Comprendre et connaître quels sont les pesticides utilisés au cours du temps.
Connaître l'exposition au cours de l'ensemble de la vie professionnelle.
Etude terrain pour étudier les facteurs favorisant l'exposition : « PESTEXPO » (Gironde, Calvados)
Surface traitée: plus elle est importante plus le risque d'exposition apparaît faible
c'est l'exposition cutanée qui domine (par rapport aux risques respiratoires)
contamination après réentrée dans la parcelle en viticulture : il faut attendre plus d'1 semaine avant que cela baisse.
Toutes les tâches viticoles (épamprage, comptage de ceps, relevage) sont contaminantes
Construction d'une matrice d'exposition : PESTIMAT – les données d'avertissements agricoles sont notamment utilisées.

3 – ÉPIDEMIO ET CANCERS (Dr Pierre LEBAILLY, chercheur)
sources de données : peu nombreuses
13 % de la population française et couverte par des registres des cancers
cancers en excès dans le monde agricole
Exposition professionnelle serait de 2 à 8 % pour les causes cancers
Comment suivre et évaluer le risque cancérigène des pesticides ?
A part l'arsenite de soude, la plupart des pesticides ne peuvent révéler un risque cancérigène avéré observations épidémiologiques indispensables.
Cancer et agriculteurs : il y a une spécificité.
Le risque est augmenté pour tous les cancers des tissus mous.
Mais quasi absence d'études en France
Projet AGRICAN (mené avec MSA)
étude épidémio lancée en 2005 (départements Centre non concernés)

4 – MALADIES NEURODÉGÉNÉRATIVES ET PESTICIDES (Dr Elbaz, Insem)
présentation surtout axée sur la maladie de Parkinson
à noter : prévalence Parkinson supérieure en milieu rural
idem pour agriculture et exposition pesticides
- paraquat suspecté d'être précurseur privilégié
la mortalité par Parkinson augmente avec le taux d'utilisation d'insecticides
dans les études environnementales, seul le facteur « pesticides » ressort actuellement et pas forcément significativement, vis à vis de la maladie de Parkinson
Etude TERRE mise en place par MSA et INTERM
hypothèse d'une interaction entre l'exposition aux pesticides (et en particulier certaines familles comme triazines, organo-phosphorés) et des facteurs de susceptibilité génétique.
autres pathologies neurodégénératives susceptibles d'être favorisées par les pesticides : sclérose latérale amyotrophique et maladie d'Alzheimer.
le risque reste faible en l'absence de facteur génétique favorable

5 – PESTICIDES ET RISQUES POUR LE REPRODUCTION ( Dr Lorente, INVS)
rappel réglementaire :
22 substances reprotoxiques autorisées (2 catégorie et 3e catégorie : effets connus ou suspects chez l'animal)
peu d'études disponibles en dehors des organo chlorés
revue de littérature : 700 articles ((1999 – 2005) : un problème souvent évoqué c'est comment évaluer l'exposition.
Conclusions : pas de lien prouvé entre sexe-ratio et exposition aux pesticides
Lien entre utilisation organo-phosphorés domestique et poids naissance
Pas de lien prouvé entre prématurité et pesticides même si les organo phosphorés sont souvent cités.
Lien entre taille et exposition aux pesticides (même si peu d'études)
Tendance de lien entre mortalité foetale et exposition aux pesticides.
Lien avec certaines malformations congénitales
Mieux étudier l'exposition notamment à domicile

6 – RISQUES POUR LA FERTILITÉ (Dr Multigner INSERM)
sujet le plus documenté et la plus controversé actuellement indicateur largement utilisé le DNC (délai nécessaire à concevoir) : moyenne = 4 mois
exemple connu : DBCP ou dibromochlopropane. Fabrication et application sont à l'origine de milliers de cas de stérilité ou infertilité (prouvés)
cas fondateur des études épidémio sur la fertilité
2 autres exemples connus ayant des effets adverses sur fertilité : chlordédone et dibromure éthylène : 90 % de la population est « imprégnée » de cette molécule aux Antilles
perturbateurs endocriniens : pas de définition officielle
actuellement le chlordécone est le seul pesticide connu entraînant des atteintes de la fertilité chez l'homme par le biais d'un mécanisme répondent aux définitions des perturbateurs endocriniens
DDT, linuron, vinchlozoline sont également suspectés
La fonction de reproduction et en particulier la fertilité est une fonction très sensible à de nombreux facteurs
Les pesticides identifiés comme dangereux sont interdits pour la plupart.

7 – Effets hématologiques (Dr Catherine NISSE CHU – Université Lille)
risque de myélome (malin) chez les applicateurs de pesticides (prouvé par étude de cohorte)
peu d'études : MCPA et DDT identifiés dans une étude
Lymphomes malins non hodgkiniens : peu d'études significatives sauf pour organo-chlorés ; les facteurs environnementaux restent très nombreux ; cette pathologie progresse, pesticides les plus suspectés : herbicides.