Via Campagnola: présentation
José Bové à Loriani chez Stéphane Guerrini Via Campagnola est la représentation corse de la Confédération Paysanne.


La Confédération paysanne est un syndicat paysan, né en 1987, devenu depuis une composante essentielle et incontournable du syndicalisme français.

Depuis sa création, la « Conf’ » remet en cause le modèle de développement agricole productiviste des 4O dernières années qui a engendré : baisse des prix agricoles, surproductions, crises sanitaires, disparités entre régions françaises, européennes et mondiales et diminution continue du nombre de paysans.

Cette remise en cause passe par la défense de son projet syndical : l’Agriculture paysanne, une alternative à l’agriculture industrielle.

HISTORIQUE:

VIA CAMPAGNOLA est un des cinq syndicats agricoles corses représentatifs. Crée en 2000, il est issu d’une volonté collective de rompre avec les pratiques et les idéaux des syndicats traditionnels jusqu’alors au pouvoir (CDJA/FDSEA).
Nombre d’agriculteurs impliqués dans le développement et le renouveau des filières de productions traditionnelles, se sont donc fédérés autour d’un projet d’agriculture paysanne corse.
Via Campagnola a été élu à la Chambre d’Agriculture de Haute Corse en 2001 puis a siégé dans l’opposition de 2002 à 2007, lors des dernières échéances électorales de janvier 2007 VC ne s’est pas présenté au scrutin en Haute Corse, n’ayant pas pu construire une liste capable de fédérer pour gagner. Au Sud par contre sur une liste commune avec le CDJA2A, VC a eu ses représentants élus sur la liste gagnante portée par Jean Do Musso.
Depuis, bien que refusant de siéger à la Chambre Régionale (alliance vainqueurs 2B avec perdants 2A), Via Campagnola a su maintenir son siège au CA de l’ODARC mais aussi y acquérir une place au bureau de l’OFFICE aux côtés de J D Musso.
Depuis sept ans maintenant, notre implication a été totale sur l’ensemble des dossiers agricoles importants :

José Bové et Via Campagnola Plan de Développement Régional,
CPER/DOCUP (1999/2006),
Fièvre Catarrhale,
Dettes bancaires et sociales,
Plan de Relance,
Gestion de l’eau,
Incendies,
Orientations agricoles au travers de l’ODARC,
démarches Qualité,
Formation,
Droit du travail,
Foncier,
PADDUC,
FEADER, (PDRC)
Contrat de projet 2007.

Engagés au niveau national aux côtés de la Confédération Paysanne, et siégeant au sein de son Comité National (représenté aussi au sein de la Coordination Paysanne Européenne) Via Campagnola, a notamment analysé, et fait des propositions d’aménagement du Projet National de Développement des Territoires Ruraux (amendements et propositions présentés par la Confédération Paysanne).
Nos réflexions et notre engagement en Corse, dépassent largement le simple cadre agricole. Les inquiétudes et le devenir de l’agriculture ne doivent plus appartenir aux seuls agriculteurs, mais bien à l’ensemble de la population Corse, et plus spécialement aux populations rurales de notre île.
Tous les travaux de Via Campagnola en terme de réflexion et de propositions pour l’avenir et le développement de l’agriculture en Corse, sont systématiquement présentés aux élus de la CTC.
ORIENTATIONS STRATÉGIQUES:

A) Une Agriculture utilisatrice et gestionnaire des différents territoires de Corse

A-1 Une Agriculture utilisatrice du territoire
Nos systèmes agricoles traditionnels mais modernes, permettent effectivement l’utilisation d’une très grande partie des territoires de Corse.
En moyenne montagne tout d’abord, où l’élevage prédomine, mais où les cultures maraîchères abandonnées depuis fort longtemps devraient pouvoir retrouver toute leur place, sur des petites surfaces et en complément d’une autre activité agricole. L’arboriculture (castanéiculture, oliveraie, pommiers..) a encore aujourd’hui toute sa place avec des ventes directes ou des produits transformés à haute valeur ajoutée.
En haute montagne, quelques mois par an, où des estives, collectivement bien gérées devraient permettre une activité économique considérable, et la présence de l’homme producteur, sur plusieurs zones largement fréquentées en été, bien que difficiles d’accès.
En coteaux et plaine, là où sont localisées les terres les plus facilement mécanisables et souvent les plus fertiles.

A-2 Une Agriculture gestionnaire du territoire
Les fonctions d’entretien et de gestion de l’espace ne peuvent être les vocations uniques de l’agriculture, mais elles demeurent incontestablement un de ses rôles prépondérants.
En montagne et dans les zones les plus retirées, la faible proportion de population active y vivant, entraîne indubitablement un déficit important de l’action de l’homme sur le milieu naturel. Les causes de ce déficit d’action sont bien connues des populations aujourd’hui :
- Risques importants, liés aux incendies et aux aléas climatiques
- Surcoûts financiers démesurés pour l’entretien de ces zones de la part des particuliers mais surtout des collectivités
Abandon dramatique de patrimoine biologique, végétal et du bâti
En piémont et sur la bande littorale, au-delà des aspects similaires aux autres zones, viennent s’ajouter le maintien et l’entretien d’espaces verts dans les zones péri urbaines, et autour des différentes agglomérations le long des axes routiers, ainsi que la valorisation des terres les plus fertiles.

B) Une Agriculture productive

L’agriculture doit avant tout nourrir les populations, l’agriculture corse doit se donner pour objectif d’acquérir une certaine souveraineté alimentaire. S’il est vrai que nous pouvons pas tout produire, notamment certains produits de première nécessité, il est cependant envisageable d’augmenter les productions de fruits, légumes, fromages, charcuterie et autres produits transformés pour ainsi mieux pénétrer le marché local.
Cela doit se faire à partir de matière première produite sur l’île de manière à être le moins dépendant possible des systèmes internationaux de l’agroalimentaire et de la grande distribution. S’il paraît utopique de vouloir produire pour nourrir toute l’île, il paraît cependant réalisable de produire ici, ce qui peut se faire avec une garantie de qualité et à des coûts raisonnables, tant pour les consommateurs que pour les producteurs qui doivent acquérir une juste marge sur leur production.
C’est là que les aides de la Collectivité peuvent influer de manière positive et sans pour autant bafouer les règles communautaires de libre concurrence. C’est à travers les choix de financements des systèmes d’exploitation que cela doit pouvoir se réaliser.

C) Une agriculture moins dépendante et diversifiée

C-1 Une agriculture moins dépendante
A l’échelle des pays de l’Union Européenne, la réforme de la PAC trouve sa justification dans une volonté de réguler la surproduction européenne et donc d’orienter les aides sur une approche environnementale plutôt que productiviste. Ainsi, une grande partie des aides à la production se retrouvera versée sans obligation de production mais conditionnée à un entretien des terres et un aménagement paysager de l’espace.
Mais aussi, d’aider de manière constante, à diminuer les prix de vente des produits destinés à l’exportation et donc à concurrencer les productions locales des pays importateurs !
Cette politique va à l’encontre des différents efforts pour améliorer les productions de l’île depuis plus de 10 ans maintenant ! Il est quand même bon de rappeler que ces efforts ont été eux même financés par la politique européenne de l’époque. Dans le cadre de l’obtention d’une cohésion sociale au sein de l’Europe, il nous est difficilement réalisable d’abandonner aujourd’hui les démarches entreprises et en cours.
Il nous faut donc, soit faire adopter une résolution similaire aux îles du Pacifique, soit accepter le système mais que la part des primes de l’Europe ne soit que minimisée dans le revenu des agriculteurs.
Les primes « elles n’ont qu’un objectif réglementaire et politique : DISPARAÎTRE, une fois le niveau de cohésion social européen retrouvé. » (primes de compensation par rapport aux prix, prime de maintien de système)
On doit se défendre de les systématiser, et donc d’en rendre certains agriculteurs totalement dépendants !
Notre objectif : aider les éleveurs qui en tirent une part trop importante de leur revenu, à se reconvertir vers une agriculture productive de montagne : petites productions d’arbres fruitiers, de maraîchage, diversification dans les productions, transformation des produits et vente directe.

De plus, bien que soumis à une forte dépendance liée aux transports (insularité), nous devons rentrer dans une logique de diminution d’intrants de toute sorte :
- Orientation vers des systèmes bio (certifiés ou non) avec optimisation des ressources issues de l’exploitation et de son environnement.
- Avoir comme base végétale et biologique des espèces et races locales (plus rustiques, mieux adaptées aux climats et aux systèmes d’exploitations insulaires)
- Produire des biens de consommation spécifiques et traditionnels de manière à éviter au maximum la concurrence sur des produits similaires.
- Développer les activités fermières (transformation à la ferme) et donc valorisation directe, en remettant en pratique les marchés et les points de vente locaux.
- Optimiser la captation du marché local, et exporter que des produits spécifiques à forte valeur ajoutée et peu concurrentiels, en réduisant au maximum les différents intermédiaires de la chaîne de commercialisation.
- Impliquer beaucoup plus les collectivités locales dans le choix des financements de l’agriculture.

C-2 Une agriculture diversifiée (polyculture et pluriactivité)
- a) nécessité d’instaurer des systèmes de polyculture
Les lois du marché, les aléas climatiques, les crises économiques et de transport ainsi que la faible productivité devrait logiquement nous amener à orienter l’ensemble du secteur agricole vers la polyculture. La complémentarité entre élevage et certaines forme d’arboriculture, la viticulture et/ou le maraîchage nous semble devoir devenir une règle. Tout cela sur des exploitations agricoles à taille humaine (agriculture familiale) mais employeuse de main d’œuvre (2 UTH/an ou plus)
b) la pluriactivité dans certaines zones
En zone de montagne et dans les zones les plus défavorisées, la pluriactivité semble aussi être un bon complément de revenu. L’artisanat, le petit commerce mais aussi l’agrotourisme peuvent être de bonne approche pour l’obtention d’un revenu complémentaire tout en fixant l’homme sur son territoire. L’approche touristique doit cependant tenir compte de l’aménagement du territoire concerné et donc doit se concevoir en synergie avec ce dernier.
Elle ne doit pas non plus se baser sur seule restauration et l’hébergement, mais au contraire s’ouvrir plus sur les activités de randonnées, visites d’exploitations, guide interprètes, et tout autre encadrement d’activités sportives.


D) Une agriculture vecteur d’une identité forte et d’un tissu social important dans le monde rural

La production et la commercialisation de produits identitaires et souvent transformés à la ferme, est probablement le meilleur vecteur d’une identité forte. L’explication et le partage du goût et des savoir-faire est un véhicule indispensable à une culture, avec sa propre langue.
La fierté d’être producteur et donc utile à son territoire conçoit des hommes sereins et ouverts.
L’histoire et les traditions sont souvent aussi, dans le milieu rural et en agriculture, les lieux où elles ont le mieux perdurées.
Des zones rurales où vivent des populations actives, sont sans aucun doute facteur d’intégration sociale indiscutable. A l’inverse le regroupement de population composée majoritairement de seniors, d’inactifs ou de personne non productives entraîne indubitablement de graves problèmes sociaux à l’instar des villes mais sans pour autant avoir à disposition immédiate les infrastructures nécessaires.

Nous souhaitons une Agriculture Corse familiale, diversifiée, productive, moins dépendante, gestionnaire et utilisatrice des différents territoires de l’île et vecteur d’une culture et d’une identité forte.